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26 novembre 2007

L'Europe est-elle encore au cœur du projet démocrate ?

    On se souvient combien la fondation du Parti démocrate européen par l'UDF et la Margherita avait été un symbole fort en 2004. Pour la première fois dans l'histoire de l'Union, un parti était créé sur la base d'un fort positionnement pro-européen, regroupant par-delà le classique clivage droite-gauche des mouvements partageant un idéal fédéraliste commun. En effet, c'est en réaction à la suppression de l'idée fédéraliste dans le manifeste du Parti populaire européen que François Bayrou a entraîné l'UDF hors de la maison commune fondée par les démocrates-chrétiens en 1976. Par ce geste, il ne faisait rien d'autre que de souligner que le clivage droite-gauche est désormais beaucoup moins structurant que le clivage sur l'Europe.

    Aussi, c'est avec beaucoup d'espoirs que de nombeux militants avaient accueilli le lancement quasi-simultané cet été de deux mouvements se réclamant de cette nouvelle famille démocrate : le Parti démocrate italien, fruit du rapprochement des chrétiens-sociaux et des sociaux-démocrates ; et le Mouvement démocrate français, issu de la mouvance ayant porté le leader de l'UDF à un score historique à la présidentielle, et rassemblant des gens venus de la droite, de la gauche et de nulle part. Pour la première fois, la création d'un parti européen précédait la création des partis nationaux correspondants. Une telle configuration ne pouvait être que de bon augure. Et pourtant...

    Du côté des Italiens, voilà que l'Europe est désormais un sujet à éviter : en effet, les adhérents issus de la Gauche démocratique souhaitent que leur nouveau parti rejoigne le Parti des socialistes européens (aux côtés de Gordon Brown et Laurent Fabius), tandis que la Margherita souhaite bien évidemment rester au sein du parti qu'elle a fondé et qui était censé inspirer ce nouveau mouvement italien. Ne parlons même pas de la surenchère nationaliste à laquelle s'est livrée Romano Prodi lors du sommet de Lisbonne : on se demande si même Berlusconi aurait osé ce marchandage thatchérien.

    Ce n'est guère plus glorieux côté français : à Seignosse, où se tenait le Forum des Démocrates en septembre dernier, une table-ronde était certes consacrée à l'Europe, mais ce fut bien la seule fois qu'on entendit parler de la question. Alors que les autres thèmes (social-économie, environnement, institutions...) étaient approfondis dans de nombreux ateliers, l'Europe n'avait droit qu'à qu'un petit atelier dédié à la réflexion sur les partenariats européens du MoDem. De même, dans la charte des valeurs proposée par François Bayrou (et à l'heure où j'écris ces lignes, elle n'a pas évolué depuis Seignosse), l'Europe n'apparaît que comme un simple exemple d'organisation internationale défendant les intérêts des États nationaux. Quant à son discours de clôture, il a encore frappé par son silence sur le sujet : si le leader du MoDem a longuement caressé la rhétorique gaullienne, l'Europe, elle, n'apparaissait pas une seule fois.

    Cette tiédeur europhile est d'autant plus incongrue pour le nouveau parti que la question européenne ouvre un vrai boulevard pour celui qui saura défendre une position forte : entre la vision sarkozyste d'une Europe des États, cuisinée d'en haut, et les projets passéistes des anti-européens de tous poils, à qui toute idée de souveraineté partagée donne des boutons, la scène politique française manque intensément d'un parti étendard de l'idéal démocratique et fédéral européen. Nouveau Centre ? Radicaux ? Verts ? Une chose est sûre : si le Mouvement Démocrate n'a pas affiché très clairement ses convictions européennes avant les élections de 2009, le gros lot ira au parti qui aura eu le courage de le faire à sa place.

    Face à cette situation, les militants n'hésitent pas à exprimer leurs craintes. Dès Seignosse, une militante UDF a plaidé pour qu'une disposition statutaire empêche le Mouvement démocrate de prendre des positions moins ambitieuses en la matière que celles qu'a portées l'UDF. Plus récemment, le groupe Facebook intitulé "[L'Europe au MoDem->http://www.facebook.com/group.php?gid=6066998964]" que j'ai lancé réunissait déjà 24 heures après son lancement, une cinquantaine d'adhérents soucieux de renforcer l'image pro-européenne du MoDem. Une proposition d'amendement sera déposée pour amender l'article 12 de la Charte des valeurs.

    Nous ne pouvons pas accepter que le Mouvement démocrate renonce à sa grande ambition pour l'Europe et se contente de positions fades similaires à celles que peuvent adopter le Parti socialiste ou l'UMP. Comme affirmé en préambule du programme du Parti démocrate européen, nous voulons une Europe des peuples, et non une Europe des États afin que puisse s'accroître le sentiment d'appartenance à une même communauté.

    Nous demandons en conséquence à ce que l'ambition politique que nous avons pour l'Europe soit réaffirmée et que la gouvernance démocratique prime sur les négociations étatiques. Nous qui nous disons "parti le plus européen de France", nous devons montrer l'exemple aux autres partis politiques, en proclamant solennellement notre attachement à la construction d'une Europe forte et démocratique.

      Venez soutenir la proposition d'amendement en apportant votre signature sur la page suivante : L'Europe au MoDem

05 novembre 2007

Un rêve

Cette nuit, j'ai rêvé que la France et l'Allemagne annonçaient leur fusion. C'était très réaliste, avec les conséquences économiques sur les entreprises, les manifestations de joie ou d'hostilité, les sourires coincés de Juncker et Verhofstadt qui sont contents mais auraient bien aimé faire partie de l'aventure, les réflexions sur le fait que les Français et Allemands font ce que les Flamands et Wallons ne sont pas capables de faire, et tout et tout. Quelle frustration quand je me suis aperçu que ce n'était qu'un rêve !

30 août 2007

Une avant-garde fédérale : pourquoi, comment ?

medium_Europe-gris.jpgLe récent succès obtenu au sujet de la réforme institutionnelle de l’Union européenne n’a pu être arraché qu’au prix d’une reculade sur les avancées fédérales pourtant modestes du Traité Constitutionnel. Il nous semble pourtant que l’Europe ne souffre pas d’un excès de fédéralisme mais au contraire d’un manque de vision ambitieuse pour la poursuite de son intégration.

Ainsi, lorsqu’on analyse les raisons qui ont conduit à l’échec de la ratification du Traité Constitutionnel en France, on constate que ce n’est pas l’idée fédérale qui a motivé le rejet : les quelques avancées fédérales que le projet contenait faisaient plutôt consensus et, à l’exception des irréductibles nationalistes, ont été bien accueillies par les citoyens. On pourrait même avancer que c’est peut-être au contraire la faiblesse de ces avancées politiques qui a conduit une certaine partie de la population pro-européenne à rejoindre le camp des eurosceptiques, puisque l’argumentation principale contre le Traité portait sur la faiblesse des instruments de politique sociale de l’Union.

Il faut bien avouer que, contrairement au Traité de Maastricht qui s’incarnait dans le projet de monnaie unique (une réalité tangible et immédiatement compréhensible par les citoyens), le TCE demandait une certaine culture juridico-technique pour apprécier ses avancées. Ce fait, conjugué à une communication déplorable, a transformé le référendum en caisse de résonance des peurs des citoyens plutôt qu’en manifestation d’un enthousiasme que le TCE pouvait difficilement susciter.

Un manque d’ambition fatal à l’Europe

Un tel manque d’ambition, en faisant depuis une dizaine d’années du projet européen un outil de techniciens au service d’une idéologie non consensuelle, lui cause finalement le plus grand tort. C’est pourquoi il est urgent de proposer aux Européens une nouvelle utopie. Nous devons savoir où nous allons : à vélo si l’on regarde sa roue on tombe, il faut regarder au loin pour avancer.

Or si les modestes avancées fédérales du nouveau Traité Modificatif ont déjà posé autant de problèmes, on est en droit de se demander comment nous pourrions désormais continuer à progresser vers une Union sans cesse plus étroite. Il apparaît clairement que certains États, qui ont déjà par le passé refusé d’adopter l’euro, ne sont pas disposés à accepter de nouvelles avancées fédérales. Le risque est grand que cette vision ne s’impose à l’ensemble de l’Europe et ne mène à la marginalisation définitive de l’idée fédérale.

Aussi, à moins de se résigner à une paralysie de plus en plus prononcée de la construction européenne, il semble nécessaire de permettre à l’Union d’avancer significativement dès l’instant qu’une masse critique en son sein le souhaite, quitte à concevoir d’emblée plusieurs niveaux d’intégration. La règle, qui a finalement prévalu pour la monnaie unique, de limiter son extension aux seuls États qui le veulent et qui le peuvent, apparaît plus réaliste que d’attendre indéfiniment l’accord de pays notoirement opposés à toute avancée fédérale.

Deux écueils à éviter

Il convient cependant de faire face à deux écueils.

  • Le premier danger, c’est que cette approche conduise à l’émergence d’une nouvelle division sur le continent européen. Nous ne devons pas recréer le Rideau de fer, et encore moins ressusciter le nationalisme à un autre niveau. Il est donc important de souligner que cette idée ne procède pas d’une démarche d’exclusion mais d’une démarche de rapprochement. Dans cette perspective, il est indispensable de prévoir les mécanismes assurant une parfaite symbiose entre ce « noyau fédéral » et le reste de l’Union et permettant à tout État membre qui le souhaite et qui en a les capacités de rejoindre à tout moment le noyau fédéral, de la même manière que nous l’avons fait pour l’euro. Il serait d’ailleurs complètement illusoire de croire qu’un noyau dur coupé du reste du continent pourrait peser durablement dans le monde : sa légitimité à influer sur les choix de l’humanité ne peut provenir que de sa force d’entraînement d’un ensemble beaucoup plus vaste. Une voiture sans moteur n’avance pas, mais un moteur sans voiture est tout aussi vain...
  • Le deuxième danger, ce serait celui d’une Europe à la carte, où chaque État choisirait un par un les différents programmes auxquels il souhaiterait participer. Une telle configuration ruinerait tout le sens du projet européen car elle aboutirait rapidement à faire de l’Europe un ensemble incohérent et désuni, incapable de parler d’une seule voix. Pour éviter cet écueil mortel, il suffit simplement de regrouper toute une série d’avancées significatives dans un ensemble cohérent. Par exemple, les États volontaires pourraient participer à une nouvelle approche de la construction européenne, plus ambitieuse et plus compréhensible par les citoyens, qui rassemblerait les diplomaties et les armées européennes au sein d’une autorité fédérale sous contrôle démocratique, et capable de lever elle-même les finances requises par ces nouvelles missions.

Pour faire de l’Europe un acteur politique à part entière dans le monde de demain, il n’est d’autre voie que celle d’une articulation réussie entre une Europe large fondée sur les échanges, la régulation juridique et les valeurs de la démocratie et des Droits de l’Homme, et une Europe plus dense constituée au sein de la première par les États qui ont plus d’ambition.

 

Article paru dans Le Taurillon.

Illustration : © KPM 

03 juillet 2007

L'erreur fondamentale du traité européen

L'erreur fondamentale a consisté à croire que l'Europe nécessitait avant tout de meilleures institutions. En réalité, il s'agit certes d'un problème important, mais pas essentiel. Cela fait dix ans que nous fonctionnons avec des institutions dépassées, et l'Europe a continué d'avancer. Dans les faits, qu'est-ce qu'on s'en fiche que les décisions se fassent à la polonaise ou à l'allemande, tout cela ce sont des marchandages de boutiquier.

En réalité, ce dont l'Europe souffre cruellement, c'est d'un manque de souffle, d'un manque de vision. Quelle idée fonde le projet européen ? Quelles sont nos valeurs communes ? Quel est le projet de société que porte l'Union européenne ? Qu'est-ce qui marque le pacte fondamental entre le peuple européen, les États membres, et l'Union ? On n'en sait rien, et c'est pour ça qu'on a perdu le référendum de 2005. Toutes les raisons - ultra-libéralisme, complexité, manque de démocratie, question turque - se ramènent in fine à cette question toute simple : quelle Europe veut-on ?

On comprend dès lors que le mini-traité a cédé sur l'essentiel pour gagner sur l'accessoire.

12 juin 2007

L'Europe face au défi linguistique

http://europa.eu/languages/servlets/ImageServer?id=495&fuseAction=fetchImage&width=150&height=150     Il est notoire que le dernier élargissement a entraîné de grands bouleversements dans la vie quotidienne de l'Union. Les difficultés de poursuivre de la même façon avec des institutions prévues pour six quand on n'y parlait que de charbon et d'acier, alors que nous sommes aujourd'hui 27 autour de la table, avec plus de cinquante sujets à discuter, ont souligné l'ampleur des changements à adopter dans la façon de travailler et de décider.

    Les mêmes conclusions peuvent être faites au sujet des langues officielles, dont le nombre a augmenté considérablement. De quatre langues en 1957 (allemand, français, italien et néerlandais), le compte est aujourd'hui porté à 23, dont beaucoup de petites langues peu parlées en-dehors du pays. Cette situation a mené progressivement à la généralisation de l'usage de la langue anglaise comme seule langue de travail, ce qui n'est pas sans poser des problèmes d'expression sur des sujets très techniques. Mais si l'usage de la langue anglaise est compréhensible sur la scène internationale, et que la tendance naturelle est au recours à un anglais dénaturé pour se débrouiller quand on ne connaît pas la langue de l'autre, on attend autre chose de la part des institutions officielles de l'Union européenne. Elles devraient en effet agir activement pour résoudre les problèmes sur le fond, de la meilleure façon possible, et non en cédant à la facilité de coller des rustines.

Des risques réels d'appauvrissement économique et culturel

    Ce n'est pourtant pas ce que l'on observe, bien au contraire : loin de freiner ce risque de domination d'une seule langue sur toutes les autres, en recherchant des alternatives viables à la généralisation de l'anglais, elles ont trop souvent accentué cette tendance, allant jusqu'à publier des documents uniquement en anglais et même à proposer un nombre considérable d'offres d'emploi réservées aux locuteurs de langue maternelle anglaise - bafouant ainsi notamment l'article 21-1 de la Charte des droits fondamentaux interdisant toute discrimination fondée sur la langue.

    Une telle situation est non seulement antinomique avec les fondements de l'Union, mais également discriminatoire envers les citoyens de langue maternelle autre que l'anglais (soit 85% de la population). Une étude économique - le rapport Grin [pdf] - a ainsi montré que cette situation crée une distorsion de concurrence en faveur des pays de langue anglaise évaluée à plus de 18 milliards d'euros par année. Elle offre également aux entreprises anglophones étrangères à l'Union un avantage compétitif déterminant sur les propres entreprises de l'Union. 

    Surtout, il convient de ne pas négliger les effets cognitifs et culturels : de nombreuses recherches en linguistique (de grands noms comme F. Saussure, P. Bourdieu, C. Lévi-Strauss, A. Culioli, et d'autres) ont montré qu'une langue n'est pas seulement un support de communication, mais qu'elle agit comme structurant de la pensée et porte en elle-même une représentation du monde. Détrie et al. (2001), par exemple, rappellent ainsi que « la "réalité" est, dans une grande mesure, inconsciemment construite à partir des habitudes langagières du groupe. Deux langues ne sont jamais suffisamment semblables pour être considérées comme représentant la même réalité sociale. Les mondes où vivent des sociétés différentes sont des mondes distincts, pas simplement le même monde avec d'autres étiquettes. » La défense de la diversité linguistique n'a donc pas simplement un intérêt économique, mais est surtout un impératif pour la préservation de l'identité culturelle de 17 citoyens de l'Union sur 18.

L'Europe doit faire sien le combat pour la diversité linguistique

    En conséquence, il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer la défense de l'égalité linguistique des citoyens de l'Union. Cela passe d'abord par le respect de la plus stricte égalité linguistique dans la communication des institutions de l'Union envers les citoyens : il est inadmissible que l'Europe s'adresse à ses citoyens dans une langue qui est étrangère à une large majorité d'entre eux. Il est également souhaitable que des actions favorisant un multilinguisme équitable dans son fonctionnement interne soient entreprises : par exemple, le choix d'autres langues que l'anglais comme langues de travail dans certaines commissions parlementaires. Enfin, l'Union devrait prendre à son compte la défense accrue de la diversité culturelle dans le monde, en protégeant les États membres contre l'hégémonie linguistique et en promouvant une approche multilinguiste au plan mondial.

    Mais au-delà de ces actions de base, il est nécessaire de prendre en compte sur le long terme la réalité linguistique et de rechercher des solutions de fond aux problèmes évoqués ci-dessus. Pour cela, il est indispensable que l'Union européenne finance des études sérieuses et approfondies sur les politiques linguistiques possibles pour l'Europe, leurs coûts et leurs impacts sur la préservation des identités culturelles, et sur l'accès pour chaque citoyen à la diversité linguistique et à la communication internationale.

    C'est la seule façon de garantir un respect maximum de l'identité culturelle de chaque citoyen sans sacrifier à l'efficacité nécessaire pour agir ensemble. Une union démocratique telle que le projet européen la porte, cela ne peut être viable que dans le respect de l'identité de tous ses citoyens.

 

Article paru dans Le Taurillon.

Crédit photo : Commission européenne 

02 juin 2007

Pour des élections européennes véritablement européennes

medium_Souffle_européen.jpg    Depuis quelques jours, notre nouveau président de la République parcourt les capitales européennes pour défendre son idée de traité simplifié. Bien que le contenu exact de ce projet soit encore flou, le simple fait qu'il ait abandonné la funeste expression de "mini-traité" et qu'il ait réussi à obtenir le soutien de Mme Merkel, M. Prodi et M. Zapatero, pemet de laisser espérer une conclusion positive, en accord avec nos espérances.

    Il faut admettre que le Traité Constitutionnel, en dépit de toutes ses avancées par rapport à la compilation des Traités existants, restait encore trop complexe pour être appréhendé par les citoyens. La nécessité de clarifier encore plus les choses est donc particulièrement la bienvenue. À cet égard, je souhaiterais attirer l'attention des Chefs d'États sur le mode d'élection du Parlement européen, particulièrement significatif des lacunes de la construction européenne. 

    En effet, aujourd'hui, les députés qui nous représentent au Parlement européen sont élus sur des listes dont toute l'organisation relève du niveau national. Or, la simple addition de partis nationaux, aux programmes parfois fort éloignés, n'est pas de nature à donner aux citoyens européens un choix clair : quel sera le programme du Parti socialiste européen ? Celui du PS français, ou celui du New Labour britannique ? Quel sera le programme du Parti populaire européen ? Celui de la CDU allemande ou celui de Berlusconi ? Le citoyen en est réduit à se prononcer en fonction d'enjeux nationaux et n'a jamais l'occasion de choisir un vrai projet européen. En conséquence, il a l'impression que l'Europe se fait dans son dos, alors qu'il ne demande qu'à apporter sa pierre à l'édifice commun. 

    La vie politique européenne nécessite, pour être pleinement acceptée par les citoyens, l'émergence d'une véritable dynamique européenne en matière de partis politiques. Les citoyens de l'Union doivent pouvoir établir leurs choix politiques européens en fonction de programmes européens, et non en fonction de questions nationales qui ne sauraient de toute façon être réglées lors de l'élection du Parlement européen. En 2004, les Verts avaient été la seule formation politique à prendre acte de cette réalité et à faire campagne dans toute l'Europe sur un programme commun. Je souhaite ardemment qu'en 2009, toutes les listes en viennent à la même démarche.

    Pour parvenir à cet objectif, de nombreux parlementaires ont suggéré qu'une partie des députés européens soit élue sur des listes transnationales. Le Parti démocrate européen propose par exemple qu'au moins 10% des sièges soient réservés à des listes pan-européennes, élues à la proportionnelle intégrale sur une circonscription unique couvrant l'ensemble du territoire de l'Union. D'autres parlementaires ont suggéré un chiffre de 20%, d'autres encore proposent des circonscriptions régionales transnationales, telles que Sarre-Lorraine-Luxembourg. Personnellement, je préfère l'idée d'une circonscription unique, car des régions comme la Bretagne ou l'Écosse auront bien du mal à trouver une cohérence dans le choix d'une région partenaire issue d'un autre pays.

    Mais quelles que soient les modalités retenues, ce qui est important c'est de favoriser l'émergence d'une véritable conscience politique européenne de nature à donner aux citoyens l'assurance que l'Europe peut et doit se faire avec eux — et non malgré eux. Sinon on court à la catastrophe. On aura beau faire adopter tous les traités qu'on veut par des ratifications parlementaires, si le peuple ne suit pas, alors nous courons à la catastrophe. 

    C'est pourquoi je souhaite qu'une disposition prévoyant l'élection d'une partie des députés du Parlement européen sur des listes transnationales, avec un programme commun défendu par l'ensemble des candidats quel que soit leur pays d'origine, soit incluse dès à présent lors des négociations sur le contenu de ce nouveau Traité simplifié.

    Les citoyens le demandent, l'opportunité est là, saisissons-la.

 

Crédit photo : Conseil de l'Europe 

29 mai 2007

Constitution européenne : et maintenant ?

    Trois semaines après l'élection présidentielle et trois semaines avant les élections législatives, les Jeunes Européens Universités de Paris vous invitent à participer à un café-débat sur le thème :

L'avenir de la Constitution européenne après l'élection de N. Sarkozy

    Nous examinerons les différentes possibilités qui s'offrent à nous, discuterons du fameux "mini-traité" de notre nouveau président (ou désormais "traité simplifié"), mais également du plan A+ de Gérard Onesta (Vert), du plan B d'Andrew Duff (Libéral), de la proposition de Jo Leinen (Socialiste) ou encore de l'Europe à deux vitesses selon Romano Prodi (Démocrate). 

   On se retrouve tous ce soir mardi 29 mai à 20h au siège du Horse's Tavern (16 Carrefour de l'Odéon, 75006 Paris, M° Odéon) pour débattre ensemble de ces questions fondamentales pour l'avenir de l'Europe, deux ans jour pour jour après le Non au référendum français.

    À bientôt, je compte sur votre présence.

15 mai 2007

On ne fera pas l'Europe sans les Européens

medium_500973247_048099197b.jpg    Deux ans après le rejet du Traité constitutionnel par la majorité des électeurs français et néerlandais, l'Europe est toujours plongée dans l'impasse. La procédure d'adoption à l'unanimité empêche bien évidemment l'adoption du texte, mais l'abandon d'un texte soutenu par les deux-tiers des États-membres est tout aussi impensable. Cela n'a pas empêché la plupart des candidats à l'élection présidentielle en France d'entretenir l'illusion que notre pays pouvait décider seul de l'avenir de l'Union européenne, au mépris de la souveraineté des autres États-membres.  Le nouveau président de la République a ainsi manifesté sa volonté de faire ratifier, par voie parlementaire, un traité réduit. Une telle solution, en plus d'être un pied de nez inacceptable pour nos partenaires, serait un vrai déni de démocratie après le vif intérêt manifesté par les électeurs lors du débat sur le Traité constitutionnel en 2005, car elle empêcherait les citoyens européens de s'exprimer sur ce nouveau projet.

Les Verts et l'ALDE appellent à l'utilisation d'un référendum pan-européen

    C'est pourquoi nous nous réjouissons de l'initiative prise le 9 mai dernier par les députés européens Gérard Onesta (Verts) et Marco Cappato (ADLE) (1). Dans un communiqué commun, ils appellent le nouvel élu à respecter la réalité démocratique : « Nicolas Sarkozy n'a reçu aucun mandat des citoyens pour son projet de mini-traité européen. Or, l'Europe ne peut se faire sans eux. Si on ne place pas les citoyens au cœur du dispositif de relance du processus constitutionnel européen, la légitimité de leurs représentants sera menacée, et leur confiance sera perdue. Plus que jamais un référendum européen transnational est nécessaire ».

    Cette position rejoint celle adoptée par les Jeunes Européens - France dans leur résolution du 15 avril dernier, demandant à ce qu'un référendum pan-européen sur la Constitution européenne soit organisé le même jour que les élections du Parlement européen en 2009. La Constitution européenne serait alors approuvée si une double majorité citoyens/États membres était atteinte : en effet, l'Union européenne est une union d'États et de citoyens, et il est dès lors normal qu'une double majorité, États et citoyens, soit requise. En cas d'issue positive, la Constitution entrerait en vigueur dans les pays ayant voté en faveur du texte Constitutionnel.

Le Référendum pan-européen pour sortir l'europe de la crise

    Cette solution apporterait une réponse constructive au problème de légitimité démocratique dont souffre actuellement l'Union européenne. Par sa tenue simultanée dans les 27 pays de l'Union européenne, ce référendum serait également à même d'enclencher une dynamique pour la création d'une véritable opinion publique européenne, seul moyen de permettre l'appropriation du projet européen par les citoyens. Enfin, la perspective d'une ratification populaire incitera les chefs d'État et de gouvernement à adopter un processus aboutissant à un texte de meilleure qualité.

    Ainsi, plutôt que de détricoter la construction européenne dans des tractations diplomatiques hors de la vue des citoyens, seul un référendum pan-européen permettra de sortir l'Europe par le haut de la profonde crise qu'elle traverse. Nous constatons d'ailleurs qu'encore une fois, c'est le Parlement (c'est-à-dire les représentants des citoyens) qui est en avance sur le Conseil (c'est-à-dire les représentants des États).

    Parce qu'on ne fera pas l'Europe sans les européens, faisons pression sur nos gouvernements : signons la pétition pour un référendum pan-européen.


Notes

(1) Ces positions avaient également été tenues notamment par les candidats François Bayrou et Dominique Voynet, qui font partie des mêmes familles politiques. 

Article paru dans Le Taurillon

Crédit photo : © KPM 

19 avril 2007

Tony Blair : de moins en moins d’Europe

medium_blair.jpg    Le premier ministre britannique s’est déclaré hostile à toute avancée significative dans la construction européenne. Tony Blair, soutenu par le premier ministre néerlandais, veut un traité moins ambitieux qui ne serait pas soumis à référendum.

    À l’issue d’entretiens avec le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, le dirigeant anglais a en effet déclaré que les deux pays souhaitaient s’en tenir à un traité purement technique, moins ambitieux et non soumis à référendum. Son homologue néerlandais a, quant à lui, estimé que ce nouveau traité devrait porter sur une meilleure définition des prérogatives de Bruxelles, un renforcement du rôle des parlements nationaux et éventuellement des règles sur l’élargissement futur de l’UE.

    Depuis le référendum de 2005, rejeté par les électeurs français et néerlandais, l’avancée dans l’intégration communautaire est bloquée, et l’Union souffre toujours d’un déficit démocratique et d’efficacité.

    Balkenende a déclaré que, pendant la campagne référendaire aux Pays-Bas, les électeurs avaient exprimé leurs craintes quant à l’avènement d’un « super-Etat européen », signe que le projet de constitution n’était pas forcément bien accueilli par l’opinion. De son côté, sitôt connu le résultat des deux référendums, Blair a suspendu tout projet de référendum britannique sur la question, considérant avec soulagement que le processus constitutionnel était mort. Étant donné le poids des eurosceptiques outre-Manche, le gouvernement craignait en effet un échec.

    Contrairement à ce qu’espéraient les électeurs français qui voulaient obtenir un meilleur traité, on peut malheureusement constater que ce résultat n’a fait que raviver la flamme de l’euroscepticisme, du nationalisme et de l’Europe des gouvernements.

    Pourtant, les citoyens européens continuent à soutenir massivement la nécessité d’une constitution européenne. La solution proposée par Blair et Blakenende pour des raisons de politique nationale va donc contre la volonté du peuple. Malgré cela, l’Europe risque bien de s’orienter vers une logique de simple grand marché si se réalisent ces projets de traités minimalistes adoptés en catimini par des parlements nationaux.

    Au final, il semble bien que Tony Blair, que l’on pensait pourtant europhile, a fini par capituler face à une opinion et une classe politique majoritairement hostiles à toute avancée dans la construction européenne, et ceci au moment où il aurait cependant dû être le plus libre de sa parole. Dommage.

    Il est donc urgent que tous les Européens qui partagent l’idée d’une Europe fédérale, forte sur la scène internationale, et respectueuse de ses différences sur la scène intérieure, et particulièrement les Français qui ont voté Non en 2005, disent haut et fort :

  • qu’il est inacceptable que la solution au blocage soit un traité minimaliste adopté dans le dos des citoyens,
  • que la construction européenne doit au contraire se poursuivre dans le sens de réformes démocratiques,
  • et que donc l’Union a besoin d’une Constitution claire et ambitieuse, adoptée par un référendum pan-européen.

 

Article paru dans Le Taurillon.

Crédit photo : domaine public (source : Wikimedia)

 
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